Silly Conne Valley

Thème: Le cercle des mouettes disparues • 07 juin 2026 • par François Guichon

Un grand-père et son petit-fils sont assis sur un parapet de pierres. Ils contemplent le vallon en contrebas, où l’on distingue entre les chênes verts et les jeunes pins, un filet d’eau qui serpente paresseusement. Face à eux, sur le versant opposé, des vestiges de constructions couronnent le sommet de ce cirque rocailleux. En bas, un minuscule lac fait miroiter ses eaux cristallines. Quelques individus en guenilles viennent y puiser un peu du précieux liquide. Il n’est pas rare que des rixes s’y déclenchent lorsque l’un d’entre eux abuse de cette ressource essentielle. Juste au-dessus, reliant les deux versants en fermant le vallon, un long amas de blocs de pierres – peut-être les vestiges d’un antique pont - sert de sentier pour le peu d’êtres vivants qui subsistent dans les forêts alentour.

Le plus âgé des deux observateurs balaie de la main le paysage devant eux :

  1. Essaie un peu de t’imaginer, Adolf, : quand j’étais encore tout petit comme toi, mon grand-père à moi m’a raconté qu’il y avait là de l’eau partout. Un immense lac qui attirait beaucoup de gens sur ses rives. Et où nous sommes assis et tout autour, il y avait ce qui s’appelait une ville.
  2. C’est quoi une…ville ?
  3. C’est beaucoup, beaucoup de cabanes comme la nôtre, mais collées les unes aux autres, et même les unes sur les autres. Et des tas de gens dans ces grandes cabanes, mais aussi en dehors.
  4. Et ils faisaient quoi tous ces gens ?
  5. On ne sait pas trop. Des anciens encore plus vieux que mon grand-père racontaient que les gens passaient leur temps à faire du Trave-Aïe.
  6. Ça devait leur faire mal alors ?
  7. Probablement. Et c’est sûrement pour ça qu’ils ont fini par arrêter ce Trave-Aïe.
  8. Mais toutes ces cabanes, elles sont plus là ? Il n’y a que la forêt tout autour.
  9. Elles ont été détruites il y a très, très longtemps, et on en a récupéré des morceaux pour construire nos cabanes. Le reste, c’est devenu des tas de pierres comme tu vois en face. Et plus loin les arbres ont poussé par-dessus. C’est pour ça que tu ne les vois quasiment plus.
  10. Et toi, Papo, tu les as vues ces grandes cabanes ?
  11. Non, c’était bien avant que je naisse… C’est mon grand-père qui m’a raconté tout ça. Il est l’un des rares à avoir échappé à la Grande Extermination. Il a commencé à faire tellement chaud que les gens mourraient par milliers, soit de la chaleur, soit des épidémies. Et quand le niveau du grand lac à commencer à baisser, ils se sont entretués pour avoir accès à l’eau qui restait. Et ils ont tout détruit ce qu’ils avaient construit auparavant. Mon grand-père s’est sauvé dans la montagne où il a survécu en chassant et en mangeant des plantes sauvages. Ce n’est qu’après, quand tout est redevenu plus calme, qu’il est redescendu ici.
  12. Et dis Papo, ces sortes de grandes carcasses en fer disposées en cercle près du ruisseau, ça date aussi de cette époque ? Tu sais ce que c’est ?
  13. Oui, ça s’appelait des Mouettes, c’était un nom d’oiseaux aujourd’hui disparus. Il parait que ça pouvait rester sur l’eau sans s’enfoncer, et les gens montaient dessus pour passer d’une berge à l’autre sans faire le tour du vallon.
  14. Ça devait être trop beau ! C’est triste que tout ça n’existe plus, le grand lac et les mouettes.
  15. Oui, quand on pense à tout ce que les gens avaient à cette époque : des tas de choses magnifiques et qu’ils ont tout détruit. On n’arrive pas à comprendre ce qui s’est passé dans leur tête.
  16. Peut-être que c’est leur bêtise qui les a tués et pas les épidémies…
  17. Tu as peut-être raison Adolf. Allez viens, on rentre. Il va bientôt faire sombre et je n’ai pas pris de torche.


Détails qui auraient pu être historiques si un certain vigneron – le grand qu’a l’vin – n’était pas intervenu :

  1. Le lac qui attirait beaucoup de gens sur ces rives était appelé par les gens d’alors L’Aimant.
  2. La ville dont les habitants vénéraient notre ancêtre à tous pour les richesses et le bonheur qu’elle leur procurait s’appelait Jeune Eve.
  3. Cette ville était la rivale des villes de Lôze-Anne et de Monstre-Œufs
  4. La montagne qui dominait la ville avait mauvaise réputation. Les gens l’appelaient Sale Eve
  5. Un vieux Genevois n’est pas un oxymore.
  6. Un jeune Genevois n’est pas forcément férié.