La langue française recèle des particularités surprenantes. Ainsi du préfixe « in » qui exprime la négation, comme intransigeant pour qualifier quelqu’un de peu enclin à transiger. Ou encore impossible pour quelque chose qui n’est pas réalisable. Bien que ce mot ait été déclaré non avenu en France par un certain Léon Nappot. Mais pourquoi une personne sensée et intelligente ne peut-elle être taxée de « bécile », quand son contraire est un parfait imbécile ? Et pourquoi n’existe-t-il pas une couleur digo, à l’opposé chromatique de l’indigo ?
Heureusement il n’en va pas ainsi de l’adjectif incontinent qui qualifie une action ou un objet qui ne se limite pas à un seul continent.
On peut donc dire, par exemple, que le commerce mondial est incontinent, lui qui distille ses bienfaits jusqu’aux recoins les plus reculés de la planète. Par opposition au nez de Cyrano, qui même péninsule, demeure un continent. On peut également considérer qu’un Président des Etats-Unis qui sème la guerre et la terreur un peu partout sur terre est incontinent – son âge avancé n’y étant pour rien. Encore que…
Par extension, le langage populaire a attribué ce qualificatif à des personnes qui laissent des traces de leur production interne dans divers endroits, sous-entendu sur tous les continents – quand bien même ils se déplacent généralement en rollator. On voit bien qu’en matière de sémantique le terme incontinent est peu étanche et laisse filtrer toutes sortes d’acceptations. Acceptation hautement nécessaire lorsqu’on est concerné par cette pathologie. Heureusement en sémantique, comme dans la vie courante, il y a multitude de couches.
Quant aux nuages qui voyagent tout autour du globe, poussés par des souffles d’altitude eux-mêmes générés par la rotation de la terre, elle-même mue par un moment cinétique qui perdure depuis un sacré moment, on peut sans hésitation les qualifier, ces nuages, de particulièrement incontinents. Eux qui promènent leur ombre par-delà les océans et en deçà des montagnes, lâchent parfois, au gré de leurs pérégrinations, ici une ondée bienfaisante, là une tempête dévastatrice, mais retenant leurs déjections au-dessus des déserts, on ne sait pourquoi.
Les météorologues ont bien essayé d’employer des couches de stratus, voire une couverture nuageuse, rien ne parvient à contenir ce besoin d’arroser qui titille les nuages. De leur côté peut-être, Cirus et Cumulus trouvent-ils les rejets de CO2 des humains…incontinents ?