Un beau matin d’été, Marina range la vaisselle du petit-déjeuner. Ensuite, elle nourrira le chien. Comme chaque jour, elle déposera la gamelle avant de s'éloigner. Le Saint-Bernard attendra qu'elle ait disparu pour manger. Puis viendront le ménage, les courses et le souper. Comme chaque soir, Alain sortira promener son chien, et Marina lui apportera sa deuxième gamelle. Puis l’habituelle soirée télé jusqu'au coucher.
Elle s’apprête à sortir lorsque le téléphone sonne.
- Marina, je suis à l’hôpital, c’est la poisse. J’ai la jambe cassée. Ils me gardent quelques jours. Je vais m’ennuyer. Passe m’apporter des affaires. Je serai content de te voir.
À son retour de l’hôpital, Marina va dans le jardin. Elle s’approche du chien. Il ne bouge pas et ne la regarde pas. Elle murmure qu’Alain est à l’hôpital. Indifférent, il se détourne et pose sa tête sur ses pattes.
- Ça promet…
Elle rentre. À l’heure de la promenade, elle voit le chien venir vers la maison, le regard rivé sur la porte. Elle prend la laisse et sort. Le chien fixe la laisse. Il recule d’un pas et tourne la tête. Il cherche son maître. Marina s’avance et tend la laisse. Le chien ne se laisse pas approcher. Alors elle s’assied dans l’herbe et reste longtemps à le regarder. Le chien s’éloigne.
Le lendemain, Marina s’approche du chien, elle lui montre une balle et la lance. Le chien la regarde, mais il ne bouge pas. Marina la ramasse. Elle recommence. Alors, lentement, le Saint-Bernard se lève, va la chercher et vient la déposer à ses pieds. Il prend la laisse dans sa gueule et la lui présente.
- Alors toi…, dit-elle en osant une caresse. Viens, on part en balade.
Ils vont jusqu’à la forêt. Elle le laisse marcher à son rythme, elle l’observe renifler les herbes et les arbres qui bordent le sentier. Avant de rentrer, Marina pose doucement sa main sur son encolure.
Le lendemain, après la balade, elle va chercher sa gamelle. Elle la pose devant sa cabane. Elle recule à bonne distance et s’assied par terre. Elle le regarde manger sans le déranger. Quand il a fini, il vient vers elle et se couche à côté d’elle. Ils restent tous les deux un long moment, sans bouger. Puis Marina se tourne vers lui et le caresse.
À la fin de la semaine, arrive le moment du brossage. Elle va chercher la brosse, la lui montre
et commence à brosser son dos. Lentement, sans gestes brusques, elle démêle ses poils. Le chien se lève et vient frotter son museau contre elle.
- Oh Alex ! Tu aimes, tu en veux encore ?
Lorsqu’elle part vers la maison, Alex la suit.
Le lendemain, après son dernier repas, il la suit jusqu’au perron et lorsqu’elle s’assied, il vient poser sa tête sur ses genoux. Elle le gratte derrière les oreilles et passe sa main sur sa nuque.
Une semaine plus tard, elle se lève avant les grandes chaleurs pour la promenade. Le soleil n’est pas encore levé. Quand elle s’approche de la cabane d’Alex, il vient vers elle, en remuant la queue. Ils s’en vont côte à côte.
Au sommet de la colline, Alex s’arrête net. Il s’assoit et tourne les yeux vers l’horizon. Marina lève les yeux à son tour. À l’Est, la nuit se déchire pour laisser la place à un incendie d’or, de rose et de violet qui embrase les sommets lointains. Elle ne bouge plus. Alex vient poser son épaule contre sa jambe. Elle glisse une main dans sa fourrure et respire profondément. Ensemble, ils regardent le soleil franchir la crête.