Je voudrais que la pluie cesse raviner de larmes vos visages chaque fois que nous nous rencontrons par hasard sur les sentiers de la vie.
Qu’elle ne ruine plus les jardins que vous avez créés en unissant la force de vos mains
où croissaient les plus belles fleurs et des potirons magiques que vous saviez apprêter en potions de jouvence.
Qu’elle ne ronge plus de ses dards le toit fragile des maisons que vous avez construites avec espoir
pour vous abriter de la brûlure des étoiles
Qu’elle n’inonde plus vos champs et les chemins qui sillonnent vos terres.
Si je n’avais pas commis l’irréparable, je serais le plus heureux à votre côté.
Je n’ai pas tué
je n’ai pas volé
je n’ai pas menti.
Mais je me suis tu
je me suis croisé les bras face aux malheurs du monde
j’ai détourné les yeux
je n’ai pas osé me battre pour vous
je n’ai pas su apaiser les tempêtes qui s’abattent sur vos têtes
ou que vous provoquez par aveuglement.
Je n’ignore pas qui vous êtes :
une épouse égarée par bêtise
des enfants reniés par lâcheté
de simples inconnus maltraités par négligence
des peuples persécutés ou acculés à la famine.
La liste est longue de ceux qui souffrent à cause de ma paresse.
Si je n’avais pas commis l’irréparable
si je ne m’étais pas abstenu encore et toujours
jamais la pluie ne reviendrait vous dévorer
mais elle mouillerait vos visages de douceur
et irriguerait vos champs de perles bienfaisantes.
Par le monde, on m’appelle Dieu, Allah ou Jéhovah
on s’égare
car je ne mérite pas d’exister.