Mea culpa

Thème: Et si la pluie ne revenait pas • 24 août 2026 • par Pierre Jean Ruffieux

Je voudrais que la pluie cesse raviner de larmes vos visages chaque fois que nous nous rencontrons par hasard sur les sentiers de la vie.


Qu’elle ne ruine plus les jardins que vous avez créés en unissant la force de vos mains

où croissaient les plus belles fleurs et des potirons magiques que vous saviez apprêter en potions de jouvence.


Qu’elle ne ronge plus de ses dards le toit fragile des maisons que vous avez construites avec espoir

pour vous abriter de la brûlure des étoiles


Qu’elle n’inonde plus vos champs et les chemins qui sillonnent vos terres.


Si je n’avais pas commis l’irréparable, je serais le plus heureux à votre côté.


Je n’ai pas tué

je n’ai pas volé

je n’ai pas menti.


Mais je me suis tu

je me suis croisé les bras face aux malheurs du monde

j’ai détourné les yeux

je n’ai pas osé me battre pour vous

je n’ai pas su apaiser les tempêtes qui s’abattent sur vos têtes

ou que vous provoquez par aveuglement.


Je n’ignore pas qui vous êtes :

une épouse égarée par bêtise

des enfants reniés par lâcheté

de simples inconnus maltraités par négligence

des peuples persécutés ou acculés à la famine.


La liste est longue de ceux qui souffrent à cause de ma paresse.


Si je n’avais pas commis l’irréparable

si je ne m’étais pas abstenu encore et toujours

jamais la pluie ne reviendrait vous dévorer

mais elle mouillerait vos visages de douceur

et irriguerait vos champs de perles bienfaisantes.


Par le monde, on m’appelle Dieu, Allah ou Jéhovah

on s’égare

car je ne mérite pas d’exister.