Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, dit-on.
Et tant qu’il y a du café, il y a de l’énergie, dis-je, en me resservant un petit « ristrette » bien serré qui va me soutenir durant les heures pénibles à venir. Oui, j’avais tout prévu, mais cette fichue canicule a détruit mon beau programme en quelques degrés assassins.
Alors, voilà, j’aurais voulu, je dis bien voulu et non pas exigé qu’on me fasse le plaisir de m’offrir cette magnifique machine à espresso italienne pour un jus pur caféine.
Donc, nous voilà partis, mémère et moi, pour le pays du soleil éternel et il le fut durant tout le périple, coincés dans un car qui n’avait pour tout avantage que son nom aguicheur, inscrit sur les prospectus proposés dans un présentoir au coin de ma rue. Avant que j’oublie, il y avait, comprise avec le voyage, une tombola avec comme premier prix, je vous le donne en mille : la magnifique machine à produire jour et nuit un caoua digne “du paradis des mille et une nuits” ! Oui, c’est étrange, j’ignorais qu’on buvait du café italien dans ce genre d’endroit.
Mais bon, passons ! Si si, il y a du son dans ce foutu car et pas qu’un peu. Comme à la télé, environ toutes les dix minutes, notre chère hôtesse nous lisait une publicité, parfois pour vanter de la salade fraîchement cueillie du matin, ou plus prosaïquement des couches pour adultes incontinents. Je ne dirais pas que c’était hors de propos. En effet, comme fait exprès, le véhicule ne comportait pas de compartiment toilettes.
Donc, ça roule jusqu’à la frontière, entre moult attentes devant l’entrée des tunnels en plein soleil et arrêts pipi sur les aires de ce qu’on appelle chez nous avec une prétention certaine, une autoroute.
On en revient à ce café. Mon Dieu, mais quelle horreur ce jus servi dans un gobelet de carton par l’hôtesse publiciste, très à l’aise dans son uniforme de service. Et si ce n’était le goût abominable de ce prétendu café, il fallait en plus qu’on se brûle les doigts à cause du récipient, plus adapté à servir de la limonade.
Oui, oui, j’avance, excusez moi, je ne retrouve pas ma place, poussez pas, voilà, je retrouve nos affaires que nous avions pris bien soin de mettre sur le siège qu’on nous avait attribué, sur la roue du carrosse, côté soleil évidemment. Je ne sais pas comment les organisateurs s’arrangent toujours pour que nous nous retrouvions tout au long du voyage grillés comme des poulets derrière la vitre du grill à rôtir ?
Bon, nos affaires sont bien là, ça me fait le même effet que de retrouver ma valise sur le tapis roulant à l’aéroport. Ah! Vous aussi ? Vous devez souvent être en voyage, vous ? En avion et aujourd’hui en autocar ! Vous n’avez pas honte ? Honte de quoi, osez-vous demander ? Mais pardi, à cause de la montagne de CO2 que vos déplacements génèrent dans l’atmosphère !
Et maintenant, le pompon : Turisti fuori! Basta turismo di massa! La traduction pour les non italophones : Touristes dehors ! Halte au tourisme de masse !
Oui, c’est par ces mots que nous nous sommes fait insulter, en descendant du car, avant même qu’ait lieu la tombola pour la fameuse machine espresso tant convoitée. Mémère et moi, ainsi que tous les participants au voyage, nous sommes en effet retrouvés face à une horde enragée, brandissant des pancartes nous accusant en bloc, d’envahir leur région et de polluer l’atmosphère.
N’y tenant plus, j’ai tenté d’arracher sa pancarte au premier venu, un grand choc m’a fait perdre connaissance et je me suis réveillé tout habillé aux urgences de l’Ospedale dei viaggiatori Torino. Et pour me remettre sur pieds rapidement, on m’a servi un espresso d’anthologie, corsé et chaud comme il se doit, dans une minuscule tasse en véritable porcelaine de Capodimonte. Á votre santé.