Rupture

Thème: Tant que le café est encore chaud • 18 septembre 2026 • par Madeline Demaurex

Il faut absolument que je lui parle. Il faut que je trouve le courage de lui dire…

Il va bientôt se lever. Il faut que je me lance, tant que le café est encore chaud.

J’ai préparé mes phrases. Surtout, rester calme, le regarder dans les yeux, aller jusqu’au bout. J’ai quelque chose à te dire.

J’ai bien réfléchi. Je trouve que notre relation s’essouffle. Est-ce bien le bon mot, au fait ? Je trouve que notre relation s’effrite. Trop poétique peut-être ? Que notre relation vieillit ? Qu’elle meure à petit feu ? Allons ! pas de métaphore, aller droit au but. J’aimerais reprendre ma liberté. Un peu vieillot. Et puis, je suis déjà libre, non ? Je te propose de faire une pause. Oh là, ça me rappelle un film, Le discours, je crois (à la fin les deux amoureux se retrouvent) Bon, je vais essayer d’improviser pendant que le café est encore chaud.

J’entends son pas dans l’escalier. Il a mis sa chemise à fleurs, celle que j’aime. Il s’arrête sur le palier, se passe la main dans ses cheveux humides – il les lave chaque matin. J’aime bien sa nouvelle coupe, cette mèche qu’il lance en arrière d’un geste vif. À ce moment, son visage est juste dans la tranche de lumière qui traverse la cuisine.

  1. Bonjour, bien dormi ?

Ah, le timbre de sa voix… Doux et grave à la fois. Un timbre qui enveloppe la banalité de ces trois mots. Surtout ne pas répondre. Surtout ne pas sourire. Assieds-toi, j’ai des choses à te dire. Les mots s’engorgent dans ma gorge, s’arrêtent à la barrière des lèvres.

Il a posé une main sur mon épaule :

  1. J’ai pensé, on devrait venir ici plus souvent, je me sens tellement bien avec toi. Tout à l’heure, on pourrait monter jusqu’à ce petit lac dont tu m’as parlé. Et puis, c’est la saison des chanterelles… Tu te souviens ?

Son sourire, c’est comme trois points de suspension. Je me souviens.


C’était au début, notre premier week-end ensemble. Je marchais vite devant lui, je ralentissais le long d’une lisière, je soulevais incidemment une branche d’épicéa, je scrutais les myrtilliers, tout au plaisir de lui dévoiler "mes coins". Ce jour-là, la récolte fut maigre, mais la pause sous les arbres, délicieuse. Comme dans la chanson de Brassens, je me promettais d’aller des millions de fois — et même davantage — avec lui à la chasse aux champignons…


  1. Alors, qu’en penses-tu ?

Sa voix chaude me ramène à la table matinale, aux deux assiettes à fleurs posées sur la nappe grège.

Dans ma tasse, le café a refroidi.



Envie de découvrir le groupe d'écriture derrière ces textes ? Rencontrer les Dissidents →